Le fait main ne devrait jamais avoir à pleurer pour exister

Le fait main ne devrait jamais avoir à pleurer pour exister

 L'autre soir, le téléphone a sonné. Au bout du fil, une amie créatrice, en larmes.

Elle rentrait d'un marché. Une longue journée sous un soleil de plomb. Les gens étaient venus, pourtant, mais elle, elle remballait ses créations presque intactes. Des pièces faites main, pensées, façonnées une à une, un peu plus chères parce que le travail est là, réel.

Et non loin d'elle, un autre stand. Des articles produits en masse, importés, à tout petit prix. Là, ça ne désemplissait pas.

Alors la question fait mal, et je me la pose tout haut : est-ce que les gens préfèrent le pas cher au fait main,  ?

Je ne crois pas. Et je vais te dire ce que je crois vraiment.

Le pas cher et le fait main, ce ne sont pas deux rivaux sur le même ring.

 Ce sont deux achats différents. Le petit article à quelques francs, on l'attrape sans réfléchir  un geste d'impulsion, léger, sans enjeu.

 Une pièce faite main, elle, demande un temps d'arrêt : qu'on s'approche, qu'on écoute son histoire, qu'on ressente. Et ce temps d'arrêt ne se fait pas n'importe où.

Or a ce marché quel était le décor ? Beaucoup trop de stands.

 Une chaleur étouffante. Dix fois le même objet d'une allée à l'autre. Un visiteur gavé, fatigué, qui ne cherche plus qu'un peu d'ombre. Dans cet état-là, le cerveau va vers le facile, le petit prix, le sans-risque. Il n'a plus l'énergie de s'arrêter, de s'émouvoir, de choisir une pièce qui a du sens.

Ce n'est pas que les gens n'aiment pas le fait main. C'est que ce marché-là ne leur a pas laissé les conditions de l'aimer.

Et je ne jette la pierre à personne  ni aux visiteurs, ni aux stands de pas cher : chacun doit gagner sa vie, je le sais bien.

 Mais quand un marché entasse les doublons et ne trie rien, il n'est bon pour personne. Pas pour les artisans, noyés et invisibles.

 Et pas pour les visiteurs non plus, épuisés par le trop-plein, qui repartent sans avoir vu la beauté qui était là, à portée de main.

Un bon marché, ce n'est pas le plus grand ni le plus rempli. C'est le plus divers. Celui où l'on ne voit pas dix fois la même chose.

 Celui qui laisse de l'air, qui pense au visiteur autant qu'à ses places à vendre. Celui où le fait main peut enfin se faire voir et où mon amie serait rentrée le cœur léger, pas en larmes.

Alors à toi, mon amie, et à tous ceux qui sont rentrés de ce marché le cœur lourd : votre travail a de la valeur.

 Ce n'est pas vous. Ce n'est pas votre prix. C'est un marché qui n'a pas su vous donner votre place.

Parce que le fait main ne devrait jamais avoir à pleurer pour exister.

Et la belle nouvelle, on se retrouve le 8 août à Cudrefin  avec le sourire, le soleil, et un peu moins de chaleur, je l'espère.

 Venez rencontrer celles et ceux qui créent de leurs mains, prendre le temps, discuter. C'est là, dans ces moments-là, que le fait main reprend tout son sens. À très vite.

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